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Eté 2019

Mis à jour : 9 nov. 2020

Nous voici à la fin de l'été.. Cette année, pour la première fois, pendant le marché aux puces du vendredi matin en Outremeuse, nous avons maintenue ouverte l'Eglise Saint-Pholien en plein coeur du centre de Liège, ouverte aux passants et badauds.


Cela, pour permettre aux visiteurs d'un jour, d'une heure ou aux habitués du quartier de redécouvrir cette magnifique église, dont la nef centrale est ornée de belles fresques peintes par Pierre Brouwers en 1937. Un splendide retable à l'arrière de l'autel, une statue en argent de la Vierge des Tanneurs datant de 1687 viennent compléter le charme de ce lieu. Les promeneurs d'un jour qui circulent dans nefs latérales pourront certainement y voir également les célèbres géants du folklore liégeois, Tchantchès et Nanèsse, ainsi qu'une grande diversité de statues, dont la Vierge des Ecoliers du XIVème siècle sur l'autel secondaire à gauche du chœur. Les dimanches, on peut entendre l'orgue dans le jubé, et les cloches carillonner dans le quartier.



A la fois un lieu spirituel...


Saint Pholien est et reste un lieu spirituel avant tout. La beauté des couleurs de cette grande église de style néogothique, reconstruite en 1914 par Edmond Jamar, rend le lieu très priant.


Consacrée à Saint-Feuillien des Fosses, un moine irlandais du VIIème siècle, missionnaire en Belgique et fondateur de l'abbaye de Fosses-la-Ville, à une centaine de kilomètres de Liège.


Père Henry, notre aumônier accueillait avec sourire ceux qui souhaitaient s'entretenir avec un prêtre, ou les passants curieux ; le Saint-Sacrement était exposé sur l'autel, entouré de lumignons et de jolis drapés, inspirant la ferveur. Quelques habitués venaient se joindre à nous, devant le Saint-Sacrement, passer quelque temps, déposer leurs soucis, leurs joies ou leurs remerciements aux pieds du Seigneur. Des bougies ou des petits évangiles étaient mis à disposition des passants à l'entrée de la nef centrale pour permettre une prière ou un temps de silence à ceux qui le désiraient. Et vers 11h30, la messe était célébrée, toutes portes ouvertes sur le marché pour ceux qui souhaitaient s'y joindre.




L'automne arrivant, la fin des vacances, le froid et l'hiver rafraîchissant le bâtiment, l'Eglise reprend son petit train-train et vous y trouverez aujourd'hui des messes uniquement le dimanche, avec quelquefois, quelques évènements.





Encore quelques détails sur l'Eglise si méconnue des Liégeois ...


Qui pourrait entrer à Saint-Pholien sans remarquer le magnifique retable angélique en bois de chêne, de style néogothique se trouvant dans le chœur ? Inauguré en juin 1871 et réalisé par Jules Helbig, peintre et historien de l'art belge au XIXème siècle, il vaut la peine de s'y attarder. Au centre, les sculptures en or du XIII et XVIIIème siècle rappellent la vie du Christ, sur les côtés, les icônes illustrent en style fleuri des épisodes historiques et légendaires de la vie du saint dont l'Eglise porte le nom, Feuillien, évangélisateur irlandais du VIIème siècle.


N'oubliez pas de regarder les vitraux, chacun raconte la vie d'un saint ou d'un évêque du lieu.


Saviez-vous que sur la façade sud de l'Eglise se trouve un ancien cadran solaire réalisé par

José Bosard, cadranier bien connu en Wallonie, en 1993. Il est déclinant, ce qui signifie qu’il n’est pas fixé sur un mur orienté exactement est-ouest. Il donne l’heure d’été en chiffres arabes et l’heure d’hiver en chiffres romains. Une maxime en wallon est gravée au bas de la table : « Li solo dè Bon Diu lût po tot l’monde » (Le Soleil du Bon Dieu luit pour tout le monde).


Avez-vous remarqué la croix celtique ornant l'un des murs de l'Eglise actuelle ? Tout porte à croire qu'elle y a été érigée en mémoire de Saint Feuillien, qui venait d'Irlande.



Sur un pignon de l'église Saint-Pholien est érigée une stèle aux 64 victimes du quartier Saint Pholien lors des deux guerres.



Dernière anecdote : Saint Pholien est connue à Liège comme un lieu exceptionnel de maintien des traditions populaires. Le jour de fête paroissiale, le quatrième dimanche de juin, tout le quartier est mobilisé : brocante, braderie, aubettes ... et procession à l'ancienne. Jadis quartier très pauvre de Liège, la bannière populaire reprend cette annotation : Saint Pholien, la paroisse des braves gens. "Sint Foyin, li porotche dès bravès djins".

Réalisées par le graveur héraldiste Fernand Brose, les armoiries de la commune sont posées devant un saint Feuillien conforme à son époque : revêtu de la robe de bure, portant la tonsure irlandaise traditionnelle et un bâton noueux d'abbé pèlerin.



Qui est Saint Feuillien ?


C’est à la fin du VIème siècle que naissent Feuillen et ses frères Fursy et Ultain dans une famille noble de la verte Irlande, surnommée aussi "L’île des saints" pour la profusion de missionnaires qu’elle va envoyer sur le continent. Les trois frères s’engagent résolument dans la vie monastique, d’abord en Irlande puis en Angleterre où ils fondent l’abbaye de Burgh Castle.


Lorsque Fursy quitte le couvent pour aller évangéliser les Francs en Gaule, Feuillen en prend la direction comme abbé et est bientôt sacré évêque. Toutefois, des guerres incessantes opposent les petits royaumes qui forment alors l’Angleterre, le monastère se voit bien vite détruit et les moines réduits à l’esclavage. C’est Feuillen, ayant échappé aux envahisseurs, qui paie la rançon destinée à obtenir la liberté de ses moines, regroupe reliques, vases sacrés, livres et ornements, et emmène le tout sur le continent.


A leur arrivée à Péronne, ils apprennent le décès de Fursy et décident de gagner Nivelles, lieu renommé qui doit son origine à un maire de palais, Pépin de Landen, et à sa femme Iduberge devenue sainte Itte. Ceux-ci ont trois enfants : Grimoald, futur maire du palais, Begge fondatrice du monastère d’Andenne et Gertrude de celui de Nivelles. L’accueil réservé aux Irlandais est enthousiaste et Gertrude offre à Feuillen et à sa communauté un domaine qu’elle possède sur la Biesme, affluent de la Sambre. Celui-ci défriché et organisé par les Romains dès le Ier siècle, s’étend de l’étang de Bambois jusqu’aux berges de la Sambre, ce qui devrait comprendre Fosses, Vitrival, Aisemont, Falisolle, Arsimont et une partie d’Auvelais. Un monastère va se fonder rapidement sur une petite colline rocheuse au cœur d’une vallée marécageuse à l’aide notamment des ruines des constructions romaines et des matériaux de récupération qu’elles offrent gratuitement, puis une église dédiée à saint Pierre et une hôtellerie ou maison d’accueil pour les missionnaires. Feuillen poursuit son œuvre évangélisatrice et délègue la gestion de la communauté de Fosses à son frère Ultain.


Au retour d’une visite à Nivelles, Feuillen accompagné de trois compagnons demande l’asile pour la nuit à une famille de paysans vivant dans la forêt charbonnière entre Strépy et Seneffe, à un endroit qui deviendra plus tard Le Roeulx. Au matin, ils sont victimes d’une agression par des brigands et blessés à mort. Comme Feuillen continue à prier, on lui coupe la tête ainsi qu’à ses compagnons puis, dépouillés de leurs vêtements, les corps mutilés sont enterrés dans la fosse d’une porcherie tandis que chevaux et vêtements sont vendus au loin. Saint Feuillien meurt le 31 octobre 655.


Des recherches vont être diligentées par Gertrude et ce n’est qu’au 77ème jour que leurs restes sont retrouvés. A l’annonce de cette découverte macabre, beaucoup de monde se rend sur place et chacun souhaite porter sur ses épaules les corps des martyrs. C’est ainsi que l’évêque de Poitiers, Didon, qui est de passage à Nivelles et Grimoald, le maire du palais, s’associent au cortège. Ultain ayant demandé que le corps de Feuillen repose à Fosses, un nouveau cortège va ramener en procession le saint fondateur en plaçant ses restes sur un char tiré par des bœufs. Le cortège arrive à Fosses après avoir traversé la Sambre par un gué à Franière à qui il laissera le nom de "gué de saint Feuillen".


Inhumé dans l’église qu’il avait fait édifier quelques années auparavant, Feuillen va rapidement devenir le sujet d’un culte intense et en ce sens, poursuivre son œuvre de conversion. Invoqué contre les maux de tête de par sa mort violente, il l’est aussi contre les épidémies, la sécheresse, les pluies incessantes et dans le but d’obtenir un temps favorable aux récoltes. (Marc Blaimont)



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